N°6 / Tempête d'idées : retour aux sources et actualité du travail social radical

Soigner, décider, savoir : le travail social radical au croisement de l'écoféminisme et de l'auto-organisation. Caring, Deciding, Knowing: Radical Social Work at the Crossroads of Ecofeminism and Self-Organization

Dominique PATUREL, Clarissa FIGUEIRA, olivia MERCIER
Soigner, décider, savoir : le travail social radical au croisement...

Résumé (Français)

Nous invitons toute personne intéressée à contribuer au prochain numéro. Quatre formats de contribution sont acceptés, à préciser dans la proposition :

- Articles de recherche : contributions théoriques ou empiriques, avec cadrage conceptuel, méthodologie explicite et mise en discussion critique. Évaluation en double aveugle.

- Récits de pratique : retours structurés d’expériences professionnelles ou militantes (collectifs de travail social, institutions, expérimentations d’auto-organisation), avec mise en perspective critique des enjeux soulevés par le numéro. Relecture par le comité de rédaction, sans double aveugle.

- Témoignages : textes à la première personne, rendant compte d’une expérience vécue en lien avec les axes du numéro (rapport aux savoirs, division du travail, expérience du soin ou de la décision collective). Relecture éditoriale, respect du format proposé par l’auteur·rice.

- Interviews : entretiens menés par unE contributeur/rice avec une personne ressource (professionnelle, chercheur/se, militantE), retranscrits et introduits par un court cadrage.

Calendrier prévisionnel

Les personnes souhaitant contribuer à ce numéro sont invitées à prendre connaissance du calendrier suivant :

  • 30 octobre 2026 : date limite de soumission des résumés

  • 13 novembre 2026 : retour aux autrices et auteurs sur les propositions reçues

  • 16 janvier 2027 : date limite d’envoi des articles complets

  • 12 février 2027 : transmission des évaluations aux autrices et auteurs

  • 15 mars 2027 : date limite d’envoi des versions finales

  • 30 avril 2027 : publication prévisionnelle du numéro

Nous remercions les autrices et auteurs de veiller au respect de ces échéances afin de permettre le bon déroulement du processus éditorial.

Résumé (Anglais)

We invite anyone interested to contribute to the forthcoming issue. Four types of contributions are accepted; authors should specify the chosen format in their proposal:

  • Research articles: theoretical or empirical contributions presenting a conceptual framework, an explicit methodology, and a critical discussion of the findings. Submissions will undergo double-blind peer review.

  • Practice accounts: structured reflections on professional or activist experiences, including social work collectives, institutions, and experiments in self-organisation. Contributions should critically examine the issues addressed in the thematic issue. They will be reviewed by the editorial board but will not undergo double-blind peer review.

  • Testimonies: first-person texts describing a lived experience related to the themes of the issue, such as relationships to knowledge, the division of labour, experiences of care, or collective decision-making. They will undergo editorial review, while respecting the format proposed by the author.

  • Interviews: interviews conducted by a contributor with a relevant professional, researcher, or activist. They should be transcribed and accompanied by a brief introductory contextualisation.

Provisional Timeline

Prospective contributors are invited to take note of the following schedule:

  • 30 October 2026: deadline for abstract submissions

  • 13 November 2026: notification of decisions on submitted abstracts

  • 16 January 2027: deadline for full article submissions

  • 12 February 2027: reviewers’ feedback sent to authors

  • 15 March 2027: deadline for final versions

  • 30 April 2027: anticipated publication of the issue

We kindly ask authors to observe these deadlines to ensure the smooth running of the editorial process.

Mots-clés

Plan de l'article

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La crise écologique et sociale actuelle oblige à regarder la façon dont le pouvoir s’organise, et la façon dont certains savoirs sont reconnus comme “légitimes” et d’autres pas. L’écoféminisme et les courants de l’auto-organisation, dans la filiation de l’écologie sociale (Biehl, 2008), éclairent ensemble l’articulation entre l’exploitation du vivant, la dévalorisation du travail de soin et d’entretien de la vie, la concentration du pouvoir et l’effacement des savoirs nés de l’expérience.


Ce numéro 7 propose de faire dialoguer ces traditions critiques avec le travail social radical. Nous cherchons à comprendre ce que ces croisements rendent visibles - et parfois ce qui reste difficile à voir - dans les pratiques professionnelles, les institutions et les façons de s’organiser collectivement pour “prendre soin”.


Il ne s’agit pas d’unifier ces approches, mais d’en travailler les points de tension : entre les institutions et le fait de prendre soin de la vie ; entre la décision et l’expérience vécue ; entre les savoirs considérés comme “autorisés” et les savoirs issus du quotidien et du travail concret. Le travail social, parce qu’il met en jeu ces tensions au quotidien, constitue un terrain privilégié pour cette réflexion — et un lieu où se produisent des analyses, des savoirs situés et des façons de décider (Paturel, Lyet, 2012).


En cohérence avec la critique de la hiérarchie des savoirs portée par ce numéro (axe 1), les contributions ne se limitent pas au format académique classique : articles de recherche, récits de pratique, témoignages et interviews sont accueillis à égalité de considération. Il s’agit de ne pas reproduire, dans le dispositif éditorial lui-même, la hiérarchie entre savoirs théoriques souvent présentés comme légitimes et savoirs d’expérience trop facilement minorés, que le numéro entend précisément interroger.


Nous invitons des contributions théoriques, empiriques ou issues de pratiques de terrain, articulées autour des trois axes suivants.


Axe 1 - La hiérarchie des savoirs comme point aveugle politique


Les savoirs liés au prendre-soin, à la reproduction de la vie et à l’expérience située sont souvent minorés, dépolitisés ou rendus invisibles. À l’inverse, les savoirs institutionnels, les discours experts et les savoirs “officiels” sont plus facilement reconnus comme seuls capables de guider la décision. Cette division pèse sur les pratiques, y compris dans des espaces se voulant critiques ou alternatifs.


Cet axe invite à interroger : qui parle et qui est entendu dans les institutions sociales ? Qui définit les priorités d’intervention ? Quels savoirs - professionnels, expérientiels, populaires - sont considérés comme “politiques” et lesquels sont relégués au rang de “techniques” ? Comment les hiérarchies de genre, de classe et de race rejouent-elles ces hiérarchies entre savoirs, jusque dans les métiers du social ? Enfin, quelles pratiques (formations, méthodes participatives, écriture collective, supports de circulation des savoirs) permettent de déplacer ces hiérarchies et de faire émerger des savoirs qui puissent être discutés, transmis et pris en compte dans l’action et les décisions ?


Axe 2 - Démocratie et écoféminisme


Les pensées de l’auto-organisation, dans la filiation de l’écologie sociale, critiquent la concentration du pouvoir politique et économique et cherchent à reconstruire des formes d’auto-gouvernement local fondées sur la démocratie directe. L’écoféminisme, de son côté, interroge les conditions matérielles concrètes - prendre soin, alimentation, entretien des corps et des relations - sans lesquelles aucune délibération collective ne tient dans la durée.


Cet axe propose d’explorer les conditions d’une démocratie qui prenne au sérieux la reproduction de la vie comme enjeu politique, et non comme un “arrière-plan” oublié. Comment penser des institutions démocratiques locales qui ne séparent pas décision politique et travail du prendre- soin ? Quelles expérimentations d’auto-gouvernement ont cherché à articuler démocratie directe et écoféminisme ? Quelles tensions apparaissent quand des collectifs démocratiques reproduisent malgré eux des hiérarchies qu’ils disent vouloir dépasser ? On interrogera aussi comment les pratiques du prendre- soin et les formes d’organisation collective produisent des savoirs politiques situés, capables d’orienter la délibération et les décisions.


Cet axe se situe à l’échelle des formes politiques et institutionnelles générales (municipalisme, assemblées locales, expérimentations démocratiques). L’axe 3 reprend la question à l’échelle des institutions et collectifs de travail social : les deux axes sont donc complémentaires plutôt que redondants.


Axe 3 - Croisements entre écoféminisme, auto-organisation et travail social radical


Le travail social est un secteur professionnel très majoritairement féminisé. Il est structurellement associé aux activités de care, de reproduction sociale et d’attention au vivant - des activités que l’écoféminisme analyse comme historiquement dévalorisées et naturalisées (traitées comme allant de soi). Ce constat n’est pas anecdotique : il place le travail social au cœur des questions que l’écoféminisme soulève, tout en exposant le secteur aux mêmes mécanismes d’invisibilisation.


Cependant, cette féminisation n’est pas une donnée naturelle : c’est une construction sociale et historique, liée à une assignation genrée du prendre-soin, que l’écoféminisme entend déconstruire. Il s’agit donc d’interroger le lien entre “femmes” et travail social comme un rapport social à historiciser et à politiser - et non comme une affinité “naturelle” entre “les femmes” et le “prendre-soin”. Cette prudence vaut tout autant pour la catégorie “femmes” : la profession croise des rapports de classe, de racisation et de statut migratoire (aides à domicile, travailleuses sans papiers ou en contrats précaires, hiérarchies internes entre professions du social), qui reconfigurent la dévalorisation du secteur et ne peuvent pas être traités comme secondaires.


Cet axe invite à prolonger la question de l’auto-organisation posée à l’axe 2, mais cette fois à l’échelle des équipes et des collectifs du travail social : dans quelle mesure les équipes, services ou collectifs peuvent-ils constituer des espaces d’auto-organisation locale, de discussion collective et de décision partagée - plutôt que de rester de simples exécutants de décisions prises ailleurs ? On examinera également les conditions qui permettent de mettre en forme, de faire reconnaître et de transmettre comme connaissances collectives les savoirs du prendre-soin (souvent relationnels, tacites, incorporés).


Comment la féminisation du travail social participe-t-elle à la dévalorisation sociale, symbolique et salariale du secteur ? En quoi les savoirs professionnels des travailleuses sociales -  parfois tacites, relationnels, “dans le corps” - relèvent-ils aussi de mécanismes d’invisibilisation analysés par l’écoféminisme ? Quelles pratiques de travail social radical se réclament, explicitement ou non, d’une perspective écoféministe ou d’auto-organisation ? Comment penser des collectifs de travail social qui articulent reconnaissance du travail reproductif, auto-organisation professionnelle et remise en cause des hiérarchies de savoir, sans reproduire la séparation entre celles et ceux qui soignent et celles et ceux qui décident?


Calendrier prévisionnel


Les personnes souhaitant contribuer à ce numéro sont invitées à prendre connaissance du calendrier suivant :
  • 30 octobre 2026 : date limite de soumission des résumés
  • 13 novembre 2026 : retour aux autrices et auteurs sur les propositions reçues
  • 16 janvier 2027 : date limite d’envoi des articles complets
  • 12 février 2027 : transmission des évaluations aux autrices et auteurs
  • 15 mars 2027 : date limite d’envoi des versions finales
  • 30 avril 2027 : publication prévisionnelle du numéro
Nous remercions les autrices et auteurs de veiller au respect de ces échéances afin de permettre le bon déroulement du processus éditorial.

Références bibliographiques


 

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