N°5 / Varia

Paroles étudiantes: Perspectives et expériences étudiantes sur les liens entre l’environnement et le travail social

Jeanne DAGENAISLESPERANCE

Résumé

Résumé

 

Le journal de bord est sans contredit un partenaire agréable pour le voyage d’une recherche de maîtrise. Il devient lieux de réflexions théoriques, de questionnements sur la légitimité de la recherche, de narrations d’événements, de notes d’entrevues, de frustrations, blocages, hurlements par écrit ou encore gribouillages subtils pendant une conférence universitaire ennuyante. Mon journal est d’abord né d’un besoin de trouver un exutoire créatif pendant mon cheminement de recherche. Il est ainsi devenu le lieu où j’ai écrit et l’écriture m’a écrite, comme poétiquement présenté par Anzaldúa (2015, p. 3), une figure récurrente de mon cadre théorique. J’aimerai ici faire part de non seulement l’expérience même du journal de bord utilisé comme forme de recherche par l’art («arts-based research»(Butler-Kisber, 2018b) dans le cadre d’une recherche en travail social sur un sujet devenant rapidement anxiogène et apocalyptique, soit l’environnement, mais aussi de ma méthodologie d’analyse de celui-ci.

En d’autres mots, je présenterai ici  1) quelques éléments de réflexions théoriques et pratiques sur l’utilisation créative d’un journal de bord dans le cadre d’une recherche de maîtrise en travail social 2) Une méthodologie d’analyse des données du journal inspirée de la poésie trouvée («found poetry» (Butler-Kisber, 2018a)) 3) Le poème final, condensation des données de mon journal de bord.

J’espère que cet exercice permettra de contribuer à la littérature francophone encore timide sur le sujet des recherches par l’art(et non sur l’art, j’en ferai la distinction dans cet article), et quasi-inexistante dans le champ spécifique du travail social. De plus, cet article se veut aussi une invitation à penser d’autres manières de faire la recherche en travail social en osant l’originalité méthodologique. Car, si on veut changer de paradigme réflexif, il faut parfois aussi changer nos manières même de faire même la recherche!

 

Références

Anzaldúa, G. (2015). Gestures of the Body—Escribiendo para idear. Dans A. Keating (dir.), Light in the Dark/Luz En Lo Oscuro: Rewriting Identity, Spirituality, Reality (p. 18). Duke Univ Press.

Butler-Kisber, L. (2018a). Poetic Inquiry. Dans Qualitative Inquiry: Thematic, Narrative and Arts-Based Perspectives (Second edition). SAGE Publications Ltd.

Butler-Kisber, L. (2018b). Qualitative Inquiry: Thematic, Narrative and Arts-Based Perspectives (2 edition). Sage Publications.

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Plan de l'article

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Still little known, this article will outline various student perspectives and reflections on the links between environment and social work in university social work training in Quebec. The data were collected as part of the author's master’s thesis, whose feminist ethnographic research took place between 2019 and 2021. This article will briefly lay the methodological, theoretical and conceptual foundations of this research before presenting the results obtained and reflection to inspire necessary changes in social work programs seeking to take part of social-ecological transition movements.

Il n’est pas nouveau de le décrier : la formation en travail social doit se positionner par rapport aux crises climatiques et aux injustices environnementales (Besthorn, 2012 ; Bolzman et al., 2017 ; Centemeri, 2013 ; Coates, 2003 ; Dagenais-Lespérance et MacDonald, 2019 ; Dominelli, 2013 ; Gray et Coates, 2015 ; Jones, 2010 ; Maldonado-Gonzalez, 2009). Dans le monde francophone, on observe même l’émergence de multiples numéros thématiques dans des revues dans les trois dernières années (Lien social [https://www.lien-social.com/Se-mettre-au-vert], Intervention [https://revueintervention.org/numeros-en-ligne/159/], Reflets [https://www.uottawa.ca/faculte-sciences-sociales/travail-social/reflets/appel-communications], Le sociographe [https://sociographe.org/publications/numero-86-l-ecologie-sociale-et-la-transformation-des-pratiques], et même Articulation(s) [https://articulations.numerev.com/numeros/598-revue-3-pourquoi-et-en-quoi-le-travail-social-est-il-concerne-par-le-changement-climatique-why-and-how-is-social-work-affected-by-climate-change]). Cependant, dans le cadre de notre revue de littérature de mémoire de maîtrise, pour des articles publiés entre 2000 et 2021, on retrouvait encore peu d’articles qui ont partagé des données empiriques de recherche (Dagenais-Lespérance, 2021, p. 518), et encore moins sur un milieu clé qui fait émerger la pratique du travail social : le milieu de la formation.

Plusieurs écrits[1] se penchant sur le point de vue étudiant semblent indiquer que les personnes étudiant en travail social se sentent peu préparées à agir en lien avec des enjeux environnementaux dans leur pratique professionnelle (Crawford et al., 2015; Hayward et al., 2012; Miller et Hayward, 2014; Nesmith et Smyth, 2015; Powers, 2017; Shaw, 2013). Selon certaines études quantitatives américaines, 80-90% des personnes étudiant en travail social pensent que les enjeux environnementaux sont pertinents ou très pertinents à la formation en travail social (Hayward et al., 2012, p. 251; Miller et Hayward, 2014, p. 287; Shaw, 2013, p. 15). Pourtant, dans un autre contexte, les données qualitatives provenant d’une évaluation de cours en travail écosocial en milieu rural australien ont avancé que « plusieurs "ne voyaient pas la pertinence" et "ne savaient pas vraiment comment cela s'appliquait à la pratique du travail social". » [traduction libre](Crawford et al., 2015, p. 593).

Or, aucune de ces recherches n’aborde spécifiquement la formation au Québec : qu’en pensent les personnes étudiant ici ? Se sentent-elles concernées? Quelles sont leurs réflexions par rapport à l’environnement?

Je proposerai donc, dans cet article, de m’intéresser principalement à porter les voix étudiantes qui ont été collectées dans le cadre de ma recherche de maîtrise en travail social (Dagenais-Lespérance, 2021). La question de recherche était : quelles sont les expériences et réflexions de personnes qui étudient en travail social par rapport aux liens entre l’environnement et le travail social ? Plus précisément, c’est dans les milieux universitaires québécois que s’est située ma réflexion, les personnes participant à mes groupes de discussion devant être inscrites à un programme universitaire en travail social.

Plus concrètement, je poserai d’abord les bases théoriques et méthodologiques de ma recherche, puis m’attarderai à faire part des résultats obtenus lors des groupes de discussion. Je terminerai en offrant quelques pistes de réflexion pour les programmes en travail social.

Choix stylistiques : fruits d’une réflexion scientifique consciente

Je tenais ici à prendre un espace pour exposer et justifier les choix de style d’écriture dans le cadre de cet article. En effet, en accord avec les bases théoriques féministes de ma recherche(Naples, 1996; Naples et Sachs, 2000) qui seront expliquées plus en détail par la suite, j’utiliserai ici la première personne du singulier. Aussi, je me permettrai de faire part d’observations, de doutes et parfois même d’émotions. Jaggar affirme que :« Les émotions féministes fournissent une motivation politique pour la recherche et contribuent ainsi à déterminer la sélection des problématiques tout autant que la méthode par laquelle ils sont étudiés. »[traduction libre](1989, p. 168). Il appert nécessaire pour moi de m’inscrire dans un style narratif issu de sciences féministes, surtout dans une revue se réclamant du travail social radical (comme décrit dans la politique éditoriale (https://articulations.numerev.com/edito)).

 

Bases théoriques, conceptuelles et méthodologiques : porter une ethnographie féministe

 

Méthodologie de recherche

 

Les données présentées ici ont été récoltées par le biais de deux méthodes : d’une part un journal de bord, puis d’autre part des groupes de discussion.

Le journal de bord est un instrument de collecte de données comprenant des « notes théoriques », des « notes descriptives » et des « notes méthodologiques » (Baribeau, 2005, p. 105). Celui-ci a couvert la période du 1er juin 2019 à mai 2021 et a collecté réflexions et questionnements sous des formes diverses : prose, poésie, dessins, collages ou cartes conceptuelles. Mes données issues du journal de bord ne seront pas le sujet de cet article, mais celui-ci a néanmoins été utilisé dans le cadre de mon analyse. Il en sera question plus loin.

Les trois groupes de discussion, quant à eux, ont eu lieu sur la plateforme ZOOM, entre octobre et décembre 2020. Pour s’inscrire, les personnes participantes devaient avoir fait au moins un an de cours et avoir fait un stage en travail social. Les groupes de discussion étaient de 5, 3 et 5 personnes, et comprenaient des personnes inscrites dans un programme de travail social à l’UQAM, l’Université de Montréal et l’Université McGill. Une forte majorité des personnes participantes étaient inscrites à la maîtrise en travail social (11 personnes sur 13). Une personne était en fin de parcours du baccalauréat et une était aux études doctorales. Sur les 11 personnes à la maîtrise, six ont affirmé être diplômées d’un baccalauréat en travail social au Québec, terminé entre 2008 et 2016. Les cinq autres ont fait plutôt un parcours de propédeutique, et ont fait l’année préparatoire d’entrée à la maîtrise sous la forme du DESS en Travail social à l’Université de Montréal (dans la même cohorte que moi). 

Évidemment, un échantillon plus varié aurait été l’idéal, mais le contexte de recrutement (en ligne, par courriel, par effet boule de neige) a été influencé grandement par la COVID-19. En effet, dans le contexte pandémique où les étudiantes et étudiants étaient énormément sollicités par courriel, les personnes qui ont manifesté leur intérêt me connaissaient personnellement ou encore connaissaient mes recherches par le biais d’un professeur. Il est donc important de rappeler que cette recherche ne vise pas à refléter universaliser à l’ensemble des perspectives et expériences étudiantes, mais bien de porter à réfléchir ensemble à partir des expériences et perspectives uniques partagées.

L’analyse des données a ensuite été faite en deux étapes, utilisant d’abord séparément mon journal de bord(Baribeau, 2005)  et mes groupes de discussion dans le cadre d’une «analyse verticale» (Gaudet et Robert, 2018, p. 155). Pis, une analyse thématique réflexive (Braun et al., 2019) a guidé une «analyse horizontale», visant à «comparer des sources de façon à générer une interprétation itérative de l’ensemble du matériel»(Gaudet et Robert, 2018, p. 179.). Mes données de groupes de discussion y ont été la matière principale, mais je les ai regroupées ou renommées en regard de mon cadre théorique et conceptuel et mon journal de bord.

 

Quêtes théoriques

 

Un jour de ma maîtrise, en 2020 (mes souvenirs de cette période se sont fondus en une bouillie indistincte), alors que j’étais en prise pour la millième journée à me demander dans quel cadre théorique cadrait une recherche sur l’environnement dans la formation en travail social (et ce qu’était réellement un cadre théorique, d’ailleurs), mon co-directeur de maîtrise m’a suggéré d’aller voir du côté des féministes.  Il m’a vivement recommandé Naples, et ses ethnographies féministes(1996, 2003), afin de penser ma méthodologie globale de recherches. À cette époque, j’avais déjà collecté mes données par le biais des 3 groupes de discussion auprès d’étudiants et étudiantes en travail social avec cette question : « Quelle est la place de l’environnement dans la formation en travail social? ». Alors, que je commençais à jongler avec l’analyse, je me sentais face à un mur. (Ou j’aimais plutôt l’image d’une personne dans une mine au fond d’un tunnel sans lumière).  On m’avait suggéré de solidifier mes choix théoriques en regard des données récoltées, mais là, je ne pouvais avancer dans l’analyse avant de prendre une décision. 

L’idée d’aller chercher du côté des écrits féministes m’attirait et me terrifiait tout à la fois. Voir mon terrain de recherche comme ainsi a posteriori me paraissait risqué. Isabelle Clair en résume bien les enjeux :

Si au moment de formuler sa question de recherche, on n'« imagine » pas que des «stratifications genrées » existent (entre autres stratifications sociales), on oriente son travail selon une problématique qui n'en tient pas compte ; et si l'on fait des hypothèses aveugles, il y a de fortes chances qu'on ne voie finalement pas grand-chose, quand bien même on aurait les yeux rivés au terrain. (Clair, 2016, p. 71)

En effet, je n’avais pas orienté ma question de recherche comme une réflexion explicitement orientée sur le genre, bien que des éléments me paraissaient interreliés (Rochette et al., 2014). Je dirai même plus, l’absence de réflexion sur le genre dans mes données préliminaires de groupes de discussion était particulièrement criante, bien que la presque totalité des personnes utilisait des adjectifs féminins pour se désigner elle-même(12 personnes sur 13). Cependant, orienter mes analyses de données et m’autoriser à nommer mon processus de recherche comme une ethnographie féministe m’amenait à être en cohérence avec ma démarche déjà ancrée dans une réflexion sur mes savoirs situés ainsi que la relation entre savoir et pouvoir.

 

Ce qu’est l’ethnographie féministe en quelques mots

 

Faisant partie de la famille des approches ethnographiques, elle se définit donc par son caractère inductif et interactif et l’implication continue dans un terrain donné (Gaudet et Robert, 2018). Cependant, elle devient une ethnographie «féministe» par une fusion entre méthode de recherche et pratique d’engagement (Buch et Staller, 2013; Naples, 2003). Cet engagement est certes construit par la chercheuse en relation avec le « terrain » et les communautés étudiées, mais implique aussi un engagement holistique dans le processus même de recherche, utilisant sa propre personne comme outil privilégié dans la collecte de données (Buch et staller, 2013, p. 110). C’est d’ailleurs un élément constituant le fondement même de l’ethnographie féministe, qui est lié à la théorie féministe  du positionnement ainsi qu’aux écrits sur les savoirs situés (Clair, 2016; Naples, 2003).

 

Cadre théorique choisi

 

Ce sont alors imposés à moi 2 éléments théoriques qui ont créé d’intéressantes interactions avec mon sujet, soit l’éthique féministe du care et la théorie féministe du positionnement et des savoirs situés. Je les résumerai ici brièvement.

 

Éthique féministe du care

 

L’éthique féministe du care a servi de trame de fond à cette recherche. En effet, l’éthique féministe du care est une éthique ancrée dans le monde concret, où les principes et arguments abstraits s’effacent pour laisser place aux relations humaines et à un engagement dans des situations particulières (Laugier, 2011; Preissle et Han, 2012). Aussi dans les écrits de Hill Collins, on appelle à une reconnaissance des émotions pour construire les savoirs, tout cela dans une posture d’empathie axée sur le dialogue(Hill Collins, 2003. Elle affirme aussi :

 

Ni l'émotion ni l'éthique ne sont subordonnées à la raison. Au contraire, l'émotion, l'éthique et la raison sont utilisées comme des éléments interconnectés et essentiels dans l'évaluation des revendications de connaissances .[traduction libre] (2003, p. 147).

Les travaux de Naples (1996) abordent aussi la posture ambivalente créée par le développement de relations humaines dans une démarche ethnographique. En résumé, dans le cadre de cette recherche, les groupes de discussion sont devenus un lieu de mise en oeuvre d’une éthique du care (Hill Collins, 2003), mais le choix du sujet lui-même est issu d’une démarche ancrée dans le care. En effet, c’est en me souciant de mes pairs, et de mon propre programme de formation que j’ai puisé une motivation à faire cette recherche.  

 

Théorie féministe du positionnement et savoirs situés

 

Selon Harding, la théorie féministe du positionnement est à la fois épistémologie, méthodologie, philosophie des sciences et une théorie sociale (2004, p. 3). Elle remet en doute la recherche d’une neutralité et objectivité scientifique en mettant la lumière sur les liens entre savoir et pouvoir (Bracke et al., 2013). Pour les penseuses du positionnement[2]:

 

Le savoir et le pouvoir sont intimement liés, ils se co-constituent et s'entretiennent mutuellement. Ce que les gens font - les types d'interactions qu'ils ont dans les relations sociales et les relations avec le monde naturel - permet et limite à la fois ce qu'ils peuvent savoir. [traduction libre] (Harding, 2007, p. 50)

 

Ainsi les réflexions sur les objets et le monde sont filtrés à travers une position bien spécifique en relation avec les structures de pouvoir. Dans le cadre de cette recherche, ces théories ont surtout influencé ma posture d’analyse et ma posture en tant qu’animatrice de groupes de discussion. Dans ma maîtrise, j’explique que :

 

Tout d’abord, j’ai décidé de ne pas imposer une compréhension de l’environnement et ai plutôt essayé d’adopter une posture constructiviste face aux conceptions personnelles de mes collègues. Je ne voulais ici pas m’ériger en « référence » savante qui choisissait comment les gens devraient ou ne devraient pas comprendre le sens d’un mot. Aussi, j’ai décidé d’opter pour des groupes de discussion et non des entrevues individuelles afin de tenter d’égaliser les rapports de pouvoir entre chercheuse et personnes participantes dans la recherche. (Dagenais-Lespérance, 2021, p. 42)

 

La nepantla : le concept guidant toute l’analyse

 

Finalement, le concept féministe de nepantla, tel que défini par Anzaldúa (1999), a orienté la manière de définir mes thèmes et nommer mes sous-thèmes dans le contexte d’une recherche sur les liens entre deux concepts parfois considérés comme très distants, soit l’environnement et le travail social. Anzaldúa définit la nepantla comme suit : 

 

[Nepantla] est un mot nahuatl qui désigne l'espace entre deux étendues d'eau, l'espace entre deux mondes. C'est un espace limité, un espace où vous êtes... pas ceci ou cela, mais où vous êtes en train de changer. Vous n'avez pas encore adopté votre nouvelle identité et vous n'avez pas non plus laissé l'ancienne derrière vous - vous êtes dans une sorte de transition [...]C'est aussi une façon de créer des connaissances et d'écrire une philosophie, un système qui explique le monde[traduction libre] (Anzaldúa, 1999, p. 237).

 

Ainsi, la nepantla serait un espace liminal qui fonctionne dans «les fissures entre les mondes» [traduction libre] (Anzaldúa, 2015, p. 110) et force à mettre en lien des éléments qu’on voudrait penser comme dichotomiques.

Dans la section suivante, on verra ainsi les traces du concept de nepantla qui ont influencé ma manière de nommer mes thèmes et sous-thèmes. Ainsi, je tentais de voir les connexions entre les éléments au lieu de les considérer comme des entités séparées. De plus, je me demandais quelles nouvelles possibilités étaient créées par ces éléments mis en lien.

 

Résultats

 

Dans cette partie seront présentés brièvement les sept grands thèmes ainsi que leurs nombreux sous-thèmes qui permettent de mieux voir les expériences et les réflexions des personnes étudiant en travail social par rapport aux liens entre l’environnement et le travail social. Les termes en gras dans chaque section sont les titres de chacun des sous-thèmes, lesquels sont parfois des expressions textuelles de personnes précises ou encore des termes formés à partir des mots de différentes personnes. Certaines paroles des personnes participantes seront aussi citées, lesquelles ont choisi elles-mêmes leurs pseudonymes dans le cadre des groupes de discussion. Il est à noter que les résultats seront ici exposés, mais que c’est dans la partie subséquente que je repenserai mes résultats sous forme d’observations pouvant être utiles à des programmes en travail social[3].

 

De nature à changements climatiques : une définition de l’environnement en discussion

 

Ce premier thème a émergé à la faveur des termes utilisés par les étudiantes et étudiants. En effet, une grande variété de concepts a été mobilisée pour parler d’environnement, allant d’une image idyllique à une apocalyptique.

Associée à des sensations de bien-être, la nature a été fortement mobilisée dans tous les groupes de discussion, utilisée dans des expressions comme dans « l’amour de la nature » (MS) ou « connecter avec la nature » (Marilou). L’écologie a aussi émergé des résultats et est utilisée par Véronique, CA et Gabrielle comme synonyme d’environnement. On le voit ici avec cette citation : « C’est vraiment quelque chose qu’on n’abordait pas, l’environnement, l’écologie».(CA)

On a aussi associé le terme environnement aux désastres et catastrophes, dans le sens de désastres « naturels » ou catastrophes « naturelles». Aussi, dans tous les groupes de discussion, les changements climatiques ont été abordés. Gabrielle témoigne à ce sujet :

 

 Moi j’ai l’impression que les changements climatiques ça va être la grosse affaire qui va nous dire : «Il faut complètement changer de structure, il faut complètement changer le système.» (Gabrielle)

Puis, dans les trois groupes, les étudiants et étudiantes ont essayé de trouver ensemble une définition d’environnement lié au travail social, dont le sous-thème a été intitulé co-définition d’espaces entre-deux. On y tentait de définir ensemble l’environnement à travers les discussions et on est arrivé à une définition de celui-ci comme étant un lieu à la fois global et planétaire, mais aussi très intime et lié au milieu local de vie.

 

Comment intervenir ? Des idées variées

 

Les discussions sur la place de l’environnement en travail social ont aussi abordé les manières d’intervention. 4 secteurs possibles d’interventions ont été suggérés, allant dans des directions très variées.

Tout d’abord, on a mentionné l’intervention à l’extérieur, ou en plein air. On a ici mentionné spécifiquement les bénéfices des «bains de forêt»(Mylène, Marilou) L’intervention en milieu urbain a aussi été discutée, surtout en termes d’accès à des parcs, ou des lieux qui « me [font] du bien » (K). Puis, dans les trois groupes de discussion, on a fait part des possibilités de l’intervention en milieu rural. Marilou a suggéré que :

 les milieux plus ruraux sont peut-être plus connectés à ça [l’environnement]. Les agriculteurs, les gens qui sont plus souvent à l’extérieur, ou dans les milieux urbains, c’est deux différentes approches j’ai l’impression. Au niveau de l’environnement. (Marilou)

Finalement, l’intervention autour du concept de l’écoanxiété a semblé faire émerger des perspectives mitigées. Alors que certaines y voyaient une avenue prometteuse d’intervention en lien avec la santé mentale, CA leur a répondu : « [les groupes d’étudiants] [ne ]veulent plus entendre parler d’anxiété […]ils veulent savoir comment agir. »

 

Dans les marges des cours, des liens peu abordés

Ici a été regroupé le continuum d’expériences étudiantes sur l’environnement dans le cadre de leur formation. Il est d’abord à souligner qu’une absence unanime de l’environnement a été soulignée dans les trois groupes de discussion : « On n’a pas vraiment abordé ces questions-là, à mon souvenir » (Mylène)ou encore « On n’aborde pas du tout les questions environnements au sens de nature, changements climatiques. Tous ces aspects-là ne se sont pas tellement abordés ». Dans le troisième groupe de discussion, on y apporte une nuance : « Je n’ai pas souvenir d’avoir vraiment vraiment abordé le sujet de l’environnement à part brièvement dans le cours de travail social international » (Gabrielle).

Plusieurs ont en effet mentionné que l’environnement est plutôt présent dans l’ailleurs, c’est-à-dire dans des milieux géographiquement distants et différents du milieu d’enseignement.  Plus précisément, le cours de travail social international a été mentionné comme lieu de réflexion sur l’environnement, et le travail social en milieu autochtone a été nommé comme lieu possible pour lier le travail social et l’environnement. 

Aussi, certains cours ont été décrits comme des « occasions manquées » (Véronique). Les cours de politiques sociales ou encore ceux de santé mentale ont été mentionnés comme des espaces où des liens avec l’environnement auraient pu être possibles.

Finalement, on a fait part d’enseignantes inspirantes. Ce sous-thème fait référence aux personnes inspirantes rencontrées dans le parcours de plusieurs, lesquelles ont semblé faire une différence dans la compréhension des liens entre environnement et travail social. Ces personnes ont parfois fait partie du parcours des personnes participant aux groupes lorsqu’elles étudiaient dans d’autres domaines, avant d’être en travail social. À cet effet, Larence mentionne, à propos d’un événement spécifique touchant l’environnement et le travail social « mais que c’est plate[dommage] parce que ça devrait être quelque chose qui devrait être vraiment plus présent dans la formation. Pour tout le monde. Plus qu’un événement on the side [marginal] qu’une prof avait organisé parce qu’elle, ça l’intéresse » (Larence).

 

Entre privé et public : partager son vécu émotif

 

Une variété d’émotions a été partagée durant les groupes de discussion, permettant de se poser à la frontière entre le domaine du ressenti intérieur, le privé, et d’un besoin de l’exprimer publiquement. Tout d’abord, plusieurs ont avancé se sentir seules avec leur intérêt. Elles ont fait part de peu de soutien du milieu universitaire pour des projets touchant l’environnement. 

Aussi, il convient de souligner que plusieurs ont fait référence à leur propre vécu. « Ça me touche beaucoup », nous a exprimé Véronique. MS nous confie aussi :

Moi je suis née d’une famille paysanne, agricole, où l’on était vraiment en contact avec la Terre […] et puis après, quand j’ai quitté mon pays, il y avait la pollution, il y avait l’air qui n’était pas bon […] Et arrivée ici mes premières années j’ai été travailler dans les champs pour cueillir les fraises, et j’étais tellement contente là. […] Et chaque fois quand je sors d’ici, et que je vais dans des espaces verts, je sens comme quelque chose de spécial (MS).

Les mots de Véronique peuvent venir compléter cette affirmation :

Pis je suis ici parce que je viens d’un endroit qui est entouré d’eau […]Et là on le voit de plus en plus avec l’érosion, avec la gestion des déchets, avec le réchauffement climatique, donc c’est des questions qui ont beaucoup d’influence sur nos vies quotidiennement. Puis […], je voyais qu’on n’abordait pas ces questions-là dans la formation en travail social alors que, chez nous ça peut causer beaucoup de détresse chez certaines personnes.

Aussi, certaines personnes ont mentionné avoir peur du futur, surtout des catastrophes possibles liées aux changements climatiques. On a aussi admis être en colère parfois. « Qu’est-ce que la faculté de travail social attend ? » nous a dit Lou.

Finalement, dans les trois groupes de discussion, on a souligné que parler en groupe, ça fait du bien. À cet effet, Mylène a clos un des groupes de discussion en disant que « ça [lui]  a fait réaliser à quel point ça [lui] manquait dans [son] parcours. D’échanger toutes ces idées-là, que ça mijote. »

 

Entre individu et société : Questionner la formation

 

Dans ce thème ont été regroupées une variété de réflexions sur la formation et ses objectifs, ainsi que ses liens avec les politiques et crises sociales.

D’abord, plusieurs personnes ont témoigné d’un manque de préparation pour faire face à de grandes catastrophes (rappelons que ces groupes de discussion ont eu lieu pendant l’automne 2020, alors que nous étions encore dans la pandémie de COVID-19.). Lou a dit plus spécifiquement qu’on était « mal préparées pour de grosses situations sociales ». Imola, dans un autre groupe, avance que:

Nous ne sommes pas équipés. Nos systèmes, nos infrastructures ne sont pas équipés. Tout cela montre que nos hôpitaux, nos CIUSSS, ne sont pas en mesure de faire face à une catastrophe naturelle. [...] Et je pense que nous sommes très mal équipés pour notre présent et notre avenir très proche et pour l'impact du changement climatique sur la santé.[traduction libre]

Aussi, on a soulevé le manque de formation sur l’action collective. L’environnement a en effet été compris comme un enjeu social nécessitant des actions collectives (Larence). La dépolitisation du travail social a aussi été mentionnée, lequel se cantonnerait à des approches trop biomédicales (Gabrielle). On a aussi mentionné la nécessité de cesser la «compartimentalisation »(Gabrielle), c’est-à-dire la séparation, entre enjeux sociaux et environnementaux.

 

Entre enseignement et apprentissage : s’outiller entre pairs

 

Les groupes de discussion ont aussi discuté de différentes stratégies pour apprendre sur les liens entre travail social et environnement.

Certaines ont parlé de l’amener soi-même en cours. Lou nous témoigne clairement : « Parce que moi les connaissances que j’ai acquises par rapport à ça, c’est des travaux, des choix de travaux que j’ai faits. ». Aussi, apprendre des autres a été discuté. On a affirmé à cet effet que d’autres collègues de classe ont été des sources d’inspirations dans leurs présentations de travaux, par exemple. Imola a aussi affirmé l’importance d’explorer « out-of-the-box », de sortir des sentiers connus pour faire des liens entre le travail social et l’environnement. Pour elle, «  Si nous nous en tenons à ce que nous savons, rien ne changera. [...] Parce qu'à mon avis, nous n'avons pas 30 ans de plus. Les choses se passent déjà. ». [traduction libre].

 

Entre prévention et urgences : réfléchir la responsabilité professionnelle

Finalement, une place importante des discussions a été sur les responsabilités professionnelles, entre autres sur les possibilités d’agir tout en tenant compte de contraintes organisationnelles.

Par exemple, on a affirmé que la pensée structurelle ne semblait pas la priorité. Les milieux de cours et de stages ne paraissaient tout simplement pas avoir de temps de dévouer un espace réflexif aux liens avec des enjeux environnementaux.

Aussi, étant donné ces contraintes organisationnelles, on a avancé qu’il était possiblement un «privilège de penser à l’environnement» (Frédéric). MGF réfléchit à cet effet « c’est les personnes qui vont être les plus impactées c’est les personnes qui ont moins la possibilité présentement de s’en indigner, ils doivent penser à ce qu’ils vont mettre sur la table cette semaine. »

On voit donc ici quelques tensions possibles dans le devoir professionnel. D’une part, on a avancé qu’il y a un devoir professionnel d’agir devant les inégalités, mais que la quantité de crises plus pressantes empêche de s’attaquer à des causes structurelles. On a affirmé ne plus vouloir « réparer les pots cassés » (MGF) du néolibéralisme. Frédéric avance « Est-ce qu’on peut ne pas reproduire en travail social l’approche néolibérale de mettre des plasters[pansements] sur des plaies ouvertes et plutôt travailler en amont pour développer des choses ? »

 

Observations complémentaires de ces résultats

 

Dans le cadre de cet article, je fais ici le choix conscient de ne pas passer par une discussion académique sur mes résultats de recherche, mais plutôt d’aller directement aux observations pouvant s’appliquer à la pratique du travail social et à son enseignement. Pour les personnes intéressées, une discussion en lien avec la littérature scientifique, ainsi que des observations sur le cadre théorique et conceptuel et ses limites est disponible dans mon mémoire (Dagenais-Lespérance, 2021, p. 82103). Cependant, dans le contexte présent, je partagerai plutôt huit observations qui tenteront de résumer divers éléments amenés dans les résultats afin de donner des pistes de réflexion pour des programmes de formation. Ces pistes sont basées sur les expériences et perspectives partagées lors des groupes de discussion, enrichies des observations de l’autrice, se basant à la fois sur le parcours personnel de celle-ci, sa revue de littérature, son parcours général dans la maîtrise et sur l’échantillon limité interrogé dans le cadre de cette recherche. On ne retrouvera pas ici des recommandations très précises, car chaque piste possible mériterait d’être analysée en regard du milieu spécifique de chaque programme et appliqué en cohérence avec les forces et limites de l’équipe enseignante. Étant donné le nombre de participantes et participants et leur profil non représentatif de la population étudiante en travail social, il est en effet impossible de généraliser ces résultats de recherche à l’ensemble de la population étudiante en travail social au Québec.

 

1.Les désastres comme porte d’entrée pour aborder les liens entre l’environnement et le travail social

 

Les personnes participant aux groupes de discussion ont semblé utiliser les désastres comme exemples évidents permettant de comprendre les liens entre travail social et environnement. La COVID-19 a aussi permis de comprendre les effets différenciés des crises sociales. Ceci peut donc constituer une avenue intéressante pour l’enseignement.

 

2. Les enjeux de justice environnementale à rendre visibles

En contrepartie, il est à noter que les groupes de discussion ont peu abordé les situations d’injustice environnementale, liées à des effets en continu et non pas attribuables à une catastrophe précise dans le temps (pensons entre autres à l’exposition à des contaminants dans l’eau(Tania et al., 2020), la proximité d’une décharge(Waldron, 2018) ou encore la présence disproportionnée d’îlots de chaleur dans les quartiers défavorisés(Apparicio et al., 2013)). La formation pourrait offrir un espace privilégié pour aborder justement ce que ne vient pas d’emblée en tête aux étudiantes et étudiants.

 

3. Des approches intégrées : remettre en question l’opposition individu/collectif. 

L’action collective a été nommée d’emblée comme avenue possible d’intervention en travail social en lien avec l’environnement, mais les possibilités d’intégration à des approches individuelles ont été peu mentionnées. Le multisolving (https://www.multisolving.org/) pourrait être une avenue d’intéressante d’enseignement permettant de penser des pratiques de manière intégrées et non pas opposées. 

 

4. Les apports interdisciplinaires nécessaires

Bien que cela n’ait pas été mentionné spécifiquement dans les résultats puisque cela ne touchait pas précisément les liens avec le travail social, plusieurs participantes aux groupes de discussion ont mentionné l’impact qu’ont eu leurs formations antérieures dans leur compréhension de liens entre le travail social et l’environnement. Aussi, il est à noter que 5 personnes sur 13 venaient du DESS en travail social, donc avaient un parcours au baccalauréat dans une autre discipline. Une personne faisait son PhD en travail social, mais avait sa maîtrise et son baccalauréat dans d’autres domaines. Ainsi, il est intéressant de voir que d’autres disciplines (géographie, études internationales, urbanisme, intervention plein air) offrent des manières d’enrichir la réflexion sur les liens entre le travail social et l’environnement.

 

5. Les bénéfices d’aborder ce sujet en groupe

Ceci a constitué un sous-thème en soi, mais il convient de souligner à nouveau les bénéfices d’aborder l’environnement et le travail social dans le cadre de discussion (ou de travaux) de groupe. On nous a non seulement affirmé le «bien» (Mylène, Imola) que cela a fait, mais on nous a témoigné apprendre des autres. Aussi, on a pu voir des échanges de courriels à la suite des groupes de discussion, menant à des partages de bibliographie de recherche.

 

6. Les émotions comme incontournables

Les résultats analysés montrent une étendue d’émotions vécues par les groupes lorsque vient le temps d’aborder les liens entre l’environnement et le travail social. Il convient donc de cadrer adéquatement le sujet pour s’assurer de bien accompagner les étudiantes et étudiants dans leurs discussions et d’éviter d’invisibiliser leur possible anxiété ou détresse. Par exemple, dans un des groupes, Gabrielle nous mentionnait en fin de séance :

Ça me fait tout le temps un petit peu cet effet-là. Imola, tu parlais d’écoanxiété, à chaque fois que je me mets à plus plonger dans l’enjeu de l’environnement, je c’est comme si je réveille en moi un peu cette anxiété-là, cette préoccupation-là.

Marilou y a répondu, confiant elle aussi que:

Ça m’a fait penser à ça [lisant à voix haute ce qu’elle a écrit dans le clavardage]«Quiconque décide de se pencher sur la crise climatique est constamment sur le fil entre l’espoir et le désespoir».[…] Parce que c’est comme ça que je me sens aussi. (Marilou)

 

7. L’environnement qui exemplifie les questions d’ancrage idéologique de la profession

Finalement, l’environnement a semblé faire écho à des questionnements sur la mission professionnelle du travail social. On a discuté des tensions idéologiques entre intervention sur les besoins immédiats et inscription dans des pratiques à long terme de changement social. Des parallèles pourraient donc être faits avec différentes postures d’interventions en travail social (Bourque et al., 2019).

 

8.Encourager la créativité

Ceci a été mentionné par les étudiantes et étudiants, mais il appert nécessaire d’offrir un soutien supplémentaire quand vient le temps d’oser penser des manières «autres» de faire du travail social. Aussi, pour faire face à des crises nouvelles, il faut permettre de penser de manière nouvelle. Encourager les étudiantes et étudiants dans la recherche de pratiques novatrices qui peuvent permettre de donner un nouveau sens à leur pratique permettrait de contrer ces sentiments de solitude ou de colère qui ont été exprimés.

 

Mot de la fin

 

Beaucoup a déjà bougé depuis l’écriture de ce mémoire. Les espaces de réflexion s’accumulent : journées du travail social au Québec, en 2021, avec la thématique «Justice climatique : de l’éveil à l’action » (https://www.otstcfq.org/l-ordre/evenements-et-campagnes/justice-climatique-de-l-eveil-a-l-action/), journée internationale du travail social en 2022 sous l’angle écosocial (https://newecosocialworld.com/), différents panels dans le cadre de l’ACFAS[4], entre autres. Force est de constater que les choses sont en mouvance au sein des universités.

Pour terminer, cette recherche a tenté de mettre en pratique ce que prône Anzaldúa, soit que le changement social passe par un stade de remise en question de la pensée binaire (Anzaldúa et Keating, 2002). Selon elle, cette prise de conscience est d’abord personnelle, mais se propage peu à peu au-delà même des frontières du soi et des autres. En lien avec le sujet même de cette recherche, elle affirme :

Grâce à des engagements créatifs, vous intégrez vos expériences dans un cadre de référence plus large, reliant vos luttes personnelles à celles d'autres êtres sur la planète, aux luttes de la Terre elle-même» [traduction libre] (Anzaldúa, 2002, p. 542).

 

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[1] Dans les articles recensés explorant le point de vue étudiant, on retrouve une forte proportion venant des États-Unis (Chonody et al., 2019 ; Chonody et Sultzman, 2020 ; Decker Sparks et al., 2019 ; Faver et Muñoz, 2013 ; Hayward et al., 2012 ; Miller et Hayward, 2014 ; Nesmith et Smyth, 2015 ; Powers, 2017). Une étude australienne (Crawford et al., 2015) a été trouvée, ainsi qu’une étude collaborative américaine et sud-africaine (Marlow et Van Rooyen, 2001), une suédoise (Rambaree, 2020) et un mémoire de maîtrise canadien (Kominetsky, 2018). Les perspectives recensées sont donc très fortement teintées de l’expérience et des normes américaines en travail social.

[2] Bien que nous ayons pu nous baser sur une variété d’autrices pour résumer la théorie féministe du positionnement, nous nous concentrerons sur les écrits d’Haraway (1988) et Harding (1992, 2007, 2009) ainsi que leur application en ethnographie par Naples et Sachs (2000)

[3] Pour une carte conceptuelle des thèmes et sous-thèmes, voir p.153 du mémoire de maîtrise(Dagenais-Lespérance, 2021)

[4] Voici les titres des colloques dans les différents congrès :

· Dans le 89econgrès, au colloque 22 : «Soutenir la communauté enseignante et les responsables de programme à former des diplômé-es écoresponsables capables de transformer nos sociétés» (https://www.acfas.ca/evenements/congres/programme/89)

· Dans le 90econgrès, au colloque 430 : «Penser, être, faire et former le travail écosocial : bâtir ensemble des projets porteurs de la transition sociale-écologique au sein du travail social »(https://congres-acfas2023.ca/) et au colloque 409 «La transition socioécologique et le développement des communautés territoriales» (https://congres-acfas2023.ca/)

 

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François GENOUD

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